Category: Société

La Classe politique aveuglée

Face aux multiples enjeux de la RDC

La longue attente d’un gouvernement de cohésion nationale a créé un coup d’arrêt dans le débat autour de vrais enjeux de la République démocratique du Congo. A cela s’ajoute, le débat presqu’à l’emporte-pièce sur la feuille de route électorale. Ainsi, là où l’on devait s’attendre à un débat de fond, la classe politique se perd en conjectures, étale ses insuffisances à baliser la voie pour un bel avenir du pays. Comme frappée d’aveuglement.

La République démocratique du Congo est à la croisée des chemins. Placée au cœur de l’Afrique, elle est au centre de multiples enjeux à la fois nationaux, régionaux et internationaux. Avec la déroute en novembre des ex-rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), l’on pensait que la RDC était sortie des sentiers battus, bien disposée à aborder avec sérénité son avenir. Que nenni !

Convoquées en 2013, de grands espoirs ont été placés sur les concertations nationales, censées baliser la voie pour un nouvel élan. Malheureusement, ce grand forum national s’est révélé comme une coquille, plombée dans la difficulté, six mois après sa clôture, de mettre en place un gouvernement de cohésion nationale. Depuis, c’est l’incertitude la plus totale, et ce, malgré l’optimisme que continue à afficher Léon Kengo wa Dondo, l’un des membres du présidium du Comité de suivi des recommandations issues de ces assises.

Le gouvernement de cohésion nationale se faisant attendre, toute la classe politique se trouve désemparée, tourne en rond et cherche désespérément un éventuel ancrage. Il ne serait pas exagéré de dire qu’en ce moment précis, les politiciens congolais, toutes tendances confondues, frôlent l’atonie. Tous les regards sont tournés vers la feuille de route électorale de la Commission électorale nationale indépendante, avec en corollaire une possible révision constitutionnelle pour se rapprocher du schéma électoral de la CENI.

Ces deux questions préoccupent l’ensemble de la classe politique congolaise, aussi bien dans la Majorité que dans l’Opposition, même si dans certains milieux l’on continue à considérer ces deux sujets comme périphériques.

LES ENJEUX DE SURVIE D’UN PAYS

Au moment où les politiciens s’inquiètent pour leur survie politique, la plupart des Congolais broient du noir. Dans leur kaléidoscope se profile un avenir sombre pour leur pays. Cela au regard des enjeux à la fois régionaux et internationaux qui étreignent la RDC.

Leur première préoccupation concerne le climat d’insécurité permanente dans l’Est où, malgré tous les efforts pour leur neutralisation, les FDLR, les ADF-Nalu et divers autres groupes armés ont conservé leur capacité de nuisance. Plus à l’Ouest, les rebelles du FLEC (Front de libération de l’enclave de Cabinda) sont signalés dans plusieurs localités du territoire de Tshela, dans le Bas-Congo. Les Forces armées angolaises qui se préparent à les traquer menacent de traverser la frontière pour les neutraliser à partir de leur base arrière, située en terre congolaise.

Au Nord, les militaires des ex-Forces armées centrafricaines et ceux de la garde rapprochée de l’ex-président François Bozizé ont établi leur quartier général dans la province de l’Equateur, sans compter les éléments de l’armée sud-africaine, dont la présence reste toujours inexpliquée tant à Kinshasa qu’à Pretoria.

Pendant ce temps, au Katanga, les Bakata-Katanga convergent et se réorganisent autour du « triangle de la mort » situé entre Pweto, Mitwaba et Manono. On dirait que cette province échappe au contrôle de Kinshasa. Car la sonnette d’alarme tirée dernièrement par Mgr Fulgence Muteba, évêque de Kilwa–Kasenga, n’a apparemment pas ému le gouvernement.

Au-delà de tous ces enjeux sécuritaires, il y en a bien d’autres, plus économiques, où la RDC pourrait jouer un rôle déterminant. Il s’agit, notamment de la gestion de l’eau, qui refait surface au centre de grands enjeux sous-régionaux. La RDC, qui dispose d’un important potentiel hydrographique, ne peut manquer ce grand rendez-vous de dimension continentale. La forêt reste aussi un terrain sur lequel la RDC peut encore faire valoir ses droits. Quand on sait que le pays peine à trouver son compte dans le secteur minier, malgré le boom de ces dernières années.

Voilà des questions sur lesquelles l’Afrique en particulier, et le monde, en général, attendent voir la RDC porter haut sa voix. Malheureusement, à Kinshasa, on reste aphone. Et la classe politique qui devait soulever un débat national autour de ces différentes questions a les yeux braqués ailleurs. La conservation du pouvoir, pour les uns et la conquête du pouvoir pour les autres dictent désormais les mœurs de la classe politique. Tout ce qui n’entre pas dans ce schéma est relégué au second plan.

Autrement dit, tous sont embrigadés dans la politique du ventre, de leur propre ventre. Au point que l’avenir du pays est le cadet de leurs soucis.

Et que dire de l’élite intellectuelle, qui devait servir de lampadaire pour éclairer le chemin ? En existe-t-il réellement une en RDC ?

Comme les animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine, quasiment tous les intellectuels se sont alignés au motif que la politique prime sur tout. Les autres sont réputés démissionnaires sur toute la ligne.

SORTIR DES SENTIERS BATTUS

En RDC, l’on navigue à vue. L’on est emporté par le courant des événements, sans se préoccuper du lendemain. Faut-il, dès lors, espérer un déclic ? Tout dépend de l’attitude de la population qui devra, à un moment donné, se prendre en charge pour se définir une identité autant pour elle-même que pour le pays. Tâche à laquelle devrait en principe s’atteler différentes formations politiques.

Démissionnaire et sans idéal sur son rôle exact dans la société, la classe politique congolaise sera rendue responsable de la débâcle du pays. Cela pour n’avoir pas su anticiper et prévenir le danger. Solution : sortir, non seulement de sa torpeur, mais aussi des sentiers battus.

Au grand bonheur de la MP, les oppositions s’entremangent : Rude bataille entre Opposition Républicaine et Sauvons la RDC

«L’histoire est un éternellement recommencement», dit-on. Mais l’on constate que beaucoup n’en retiennent pas les leçons. On en veut pour preuve le contexte politique actuel de la RD-Congo caractérisé par des incertitudes et contradictions.

La démocratie rime avec des élections. Seules des institutions émanant de la volonté populaire demeurent le gage d’une bonne marche de la société. La RD-Congo est en train de faire ses premiers pas. A ces jours, le pays a déjà connu deux cycles, en 2006 et 2011. Alors que le Président de la République est à mi-chemin de son second mandat, acteurs politiques et simples citoyens RD-congolais s’inquiètent. Va-t-il rempiler ou non? La question demeure encore pendante. Beaucoup dans la sphère politique RD-congolaise s’imaginent dans cette posture présidentielle sans qu’ils en aient réellement l’étoffe. «Il n’y a pas de régime bon ou mauvais en soi mais tout dépend de la vertu des dirigeants et de la finalité qu’ils assignent à leur fonction», disait Aristote.

Le fauteuil présidentiel fait rêver plus d’un. Aux présidentielles de 2006, il y a eu cinquante candidats, et onze en 2011. Combien seront- ils en 2016, l’année voulue de tous les enjeux, celle qui donnera assurément au pays une nouvelle orientation, une alternative pour sa destinée? La classe politique semble peu préoccupée par cette question. Elle se focalise plus sur des querelles dignes d’une cour de récréation. Un analyste s’interroge : l’alternance, oui, mais pour quel profil? Selon lui, si dans la Majorité présidentielle, l’on semble assez confiant sur l’avenir, ce n’est pas le cas pour l’Opposition. Dans les rangs de cette dernière, il se dégage un constat : l’union n’a jamais été leur fort. Ils semblent plutôt motivés par l’intérêt. «Cependant pus très loin de la RD-Congo, au Kenya, à une époque où ce pays connaissait un problème d’alternance, tous les acteurs politiques ont mis leurs intérêts et divergences de côté. Ils se sont fédérés autour de Mwai Kibaki comme candidat unique et challenger du chef de l’Etat de l’époque», explique-t-il. Ce qui a pu favoriser l’alternance.

Mais à en juger par le tableau que présente l‘Opposition RD-congolaise, le rêve d’une seule et unique coalition est utopique, voire irréalisable. L’opposition s’émiette. Deux tendances s’empoignent pour l’instant, face à l’essoufflement du leader de l’UDPS Etienne Tshisekedi et à la perte de poigne du MLC: d’un côté la plateforme dite Opposition républicaine avec Léon Kengo wa Dondo, speaker du Sénat, comme autorité morale. Et de l’autre la coalition Sauvons la RDC menée par le tandem Kamerhe-Fayulu. Toutes Courent derrière le pouvoir. Et la sphère politique nationale semble bien entretenir des illusions présidentielles, appuie cet analyste. Mais il y a une chose à retenir: alternance ne veut pas seulement dire changer d’homme. Il s’agit aussi de changer d’idéal, de vision. «Il n’y a pas de régime bon ou mauvais en soi mais tous dépend de la vertu des dirigeants et de la finalité qu‘ils assignent à leur fonction», disait Aristote.

Un autre observateur évoque l’exemple français. Après deux décennies de règne de la Droite, la Gauche française a réussi en s’unissant et ralliant toutes les tendances proches d’elle autour de François Hollande pour battre Nicolas Sarkozy. Le parti socialiste a de prime abord gagné du terrain sur la scène politique en s’imposant aux élections municipales et législatives. Grace à des idées solides et un projet de société compatible aux désidératas des Français. Ce qui n’est pas impossible à faire en RD-Congo. Mais il faudrait avant tout une volonté réelle de s’unir. Et ce n’est qu’après qu’il pourrait y avoir un débat de fond et de clarification afin de trouver un compromis qui intégrera les ambitions des uns et des autres dans un projet de société commun servant de contre poids pour une alternance crédible. De son côté, le pouvoir en place devra recenser les plaintes et déceler toutes les failles de son action tout au long de ses deux mandats. L’idéal est de rectifier le tir pour que 2016 soit une alternance inscrite dans le renouveau.
Aimé Césaire MATUNDU

RDC: Germain Katanga reconnu coupable de crimes de guerre et crimes contre l’humanité

Bâtiment abritant la Cour pénale internationale à la Haye aux Pays-Bas

La Chambre de première instance II de la Cour pénale internationale (CPI) a reconnu vendredi 7 mars le chef milicien Germain Katanga coupable d’un crime contre l’humanité (meurtre) et de quatre crimes de guerre (meurtre, attaque contre une population civile, destruction de biens et pillage) commis le 24 février 2003, lors de l’attaque lancée contre le village de Bogoro, district de l’Ituri, en République démocratique du Congo (RDC). La juge Christine Van den Wyngaert a joint au jugement une opinion dissidente.

« Des décisions sur la fixation de la peine puis sur les réparations pour les victimes seront rendues prochainement », indique la CPI dans un communiqué.

Au vu des dépositions des témoins et des différents éléments de preuve produits devant la Chambre, il a été établi au-delà de tout doute raisonnable, que Germain Katanga avait contribué de manière significative à la commission des crimes par la milice Ngiti dans le village de Bogoro, indique la CPI.

La Chambre a conclu que Germain Katanga avait agi tout en ayant connaissance du projet criminel contre les membres de l’ethnie Hema vivant à Bogoro.

« Germain Katanga avait été l’intermédiaire privilégié entre les fournisseurs d’armes et de munitions et les auteurs matériels des crimes qui feront usage de cet armement à Bogoro », précise le jugement de la CPI.

Initialement accusé d’être auteur principal, Germain Katanga a finalement été reconnu complice des crimes commis à Bogoro après une requalification de sa responsabilité dans la commission de ces crimes.

« Il a contribué à renforcer les capacités de frappe de la milice Ngiti à l’origine des crimes commis à Bogoro le 24 février 2003. Il a contribué aussi, grâce à la position qu’il occupait à Aveba, seule localité de la collectivité disposant d’un aéroport apte à recevoir des appareils transportant des armes, à équiper cette milice et à lui permettre de fonctionner de manière organisée et efficace. Son intervention a permis à la milice de bénéficier de moyens logistiques dont elle ne disposait pas qui lui ont permis d’assurer sa supériorité militaire face à leur adversaire », indique la chambre première instance II.

Mais il n’a pas été démontré qu’il avait la capacité de donner des ordres, d’en assurer l’exécution ou de sanctionner les commandants de différents camps.

Le Procureur et la Défense peuvent faire appel de ce jugement dans un délai de 30 jours.

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